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Le frontalier a retrouvé sa petite douane et le Suisse sa viande française

Les barrières des petits postes-frontières ont été relevées ce lundi pour laisser passer les frontaliers. Dans l’autre sens, le tourisme d’achat a repris.

Source: LeTemps.ch


«Ce matin j’ai réentendu la rumeur et ça m’a mis de sale humeur.» Norbert, qui est un peu poète, promène tôt ce lundi matin ses deux chiens chemin de la Perrousaz à hauteur de Soral 1, l’une des deux douanes de ce village genevois.


«J’appelle rumeur ce qu’on entend dès 6h, le trafic frontalier incessant qui se déverse dans nos ruelles», dit-il. En temps normal, 10 000 voitures par jour du lundi au vendredi. Depuis la mi-mars et la fermeture des frontières, la bourgade était redevenue «un petit paradis». Norbert confie: «Voir les gamins faire du vélo dans le village m’a rappelé mon enfance, il y avait des chevaux qui traînaient des charrettes et nous, on faisait rouler nos billes dans le caniveau.»


Trafic fluide

Ce lundi matin, reprise des affaires. Les barrières ont été levées à minuit et les blocs de béton ont été poussés sur le bas-côté. Ils seront évacués d’ici à mercredi. Etonnamment, le retour du trafic frontalier tant redouté s’est fait dans le calme. Il a été fluide. Aucun bouchon à Soral et alentour. Première raison: le recours au télétravail tendrait à se pérenniser et l’économie genevoise ne tourne pas encore à plein régime. Seconde: des pendulaires ont sans doute été abusés par de faux panneaux posés la semaine passée à hauteur des postes de douane. Ceux-ci prévenaient que seuls les bus des TPG et les automobilistes pratiquant le covoiturage seraient autorisés à franchir la frontière. Raoul Florez, le maire de Soral, prévient: «C’était de la fake. Des petits malins ont fabriqué ces panneaux qui, il faut le reconnaître, ont parfaitement imité les originaux. Les images ont circulé sur Facebook et on peut penser que des frontaliers se sont rendus à d’autres douanes.» Cet acte d’incivisme ne surprend personne ici.

A Soral, tout comme à Certoux, Sézegnin ou Chancy, on est très mobilisé pour obtenir la fermeture partielle de ces petites douanes. Mais on ne se fait guère d’illusion dans ces campagnes: passé les épisodes coronavirus et congés d’été, le trafic motorisé reprendra de plus belle. Ces trois mois de confinement et de silence semblent cependant avoir boosté les riverains. Cinq cents des 800 habitants de Soral ont signé une pétition contre le retour d’un trafic infernal. «Nos rues étroites sont devenues une voie pénétrante. Dix mille voitures et un nuage permanent de gaz dans un village inscrit au patrimoine suisse, c’est un non-sens», argue le maire. En 2018, un plan pour réduire la circulation de 20% était arrêté mais c’est une hausse du même ordre qui a été observée un an plus tard.


Consommateur suisse de retour

Si ça grogne un peu aux confins de Genève, on se frotte les mains en France voisine. Le consommateur suisse est de retour dans les rayons des supermarchés. Illustration à Collonges-sous-Salève, où le parking du U-Express était empli ce lundi matin de voitures immatriculées GE. Un vendeur témoigne: «Notre chiffre d’affaires a chuté de 30% ces trois derniers mois, le magasin paraissait vide. On s’est même parfois ennuyés.»

Impression que tout a été mis en place pour accueillir au mieux la clientèle helvète. Les étals sont parfaitement remplis, notamment au rayon viande. Jocelyne, la soixantaine, venue de Troinex: «Les prix ici sont abordables. Depuis mars, je n’ai pas beaucoup mangé de bœuf ou de porc, c’est trop cher chez nous. Bien sûr nous avons consommé des produits suisses et c’est bien pour le pays, mais j’ai vraiment réduit mes achats et mes plaisirs. Ici, je me rattrape, je peux presque acheter les yeux fermés.»

La gérante de la Maison de la presse, place de Savoie, a de son côté garni son rayon livres. «Les Suisses nous achètent beaucoup de romans, en poche notamment, qui sont deux fois plus chers chez eux.» Bémol pour elle, les cigarettes qu’elle va moins vendre: «Pendant la crise sanitaire, j’ai écoulé beaucoup plus de paquets qu’à l’habitude parce que les fumeurs achètent plutôt en Suisse où le tabac est moins cher.» Autre effet de la réouverture des frontières: l’accès de nouveau possible au Salève. Ce lundi, cyclistes, coureurs et randonneurs sont repartis à l’assaut du balcon des Genevois situé… en France.

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