Suisse: LES SUISSESSES CÉLÈBRENT LES 50 ANS DE LEUR ACCÈS AU DROIT DE VOTE
- Frontalier France Suisse
- 7 févr. 2021
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La Suisse célèbre dimanche le jubilé de l'accession des femmes au droit de vote. Cinquante ans seulement, pour un pays qui se targue d'être une des plus anciennes démocraties du monde.

Source: BFMTV
La Suisse célèbre dimanche le jubilé de l'accession des femmes au droit de vote. Cinquante ans seulement, pour un pays qui se targue d'être une des plus anciennes démocraties du monde, fier des consultations directes de ses citoyens.
"Le 7 février 1971, a marqué une étape décisive vers l'égalité des genres", rappelle la ministre de la Justice, Karin Keller-Sutter dans un tweet, et de souligner: "c'est la naissance de la démocratie dont nous sommes si fiers aujourd'hui: une démocratie pleine et entière".
Un droit de vote "venu si tard"
Première présidente de la Confédération helvétique, en 1999, Ruth Dreifuss, estime pour sa part que "ce demi-siècle a vu l'élimination des discriminations légales entre hommes et femmes, une volonté croissante de surmonter les inégalités de fait et la prise de conscience des urgences sociales et écologiques".
Mais comme Eléonore Lépinard, professeure de sociologie à l'Université de Lausanne, tout le monde ne partage pas cette vision des choses. "En Suisse, nous pratiquons ce genre de commémorations de choses qui à bien des égards devraient être une honte nationale, parce que c'est venu si tard", juge-t-elle dans un entretien à l'AFP.
De fait, les femmes suisses n'ont accédé au droit de vote que 80 ans après les Néo-Zélandaises, 65 ans après les Finlandaises et presque trois décennies après les Françaises. Et même après que les hommes ont finalement accepté de laisser les femmes voter au niveau national, il a fallu encore deux décennies pour qu'elles puissent donner leur voix lors des scrutins locaux dans le canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures.
Pourtant, la Suisse avait introduit le suffrage universel dès 1848 et ensuite les votations, au cours desquelles les citoyens peuvent s'exprimer sur une large palette de sujets. Mais "les femmes sont restées exclues", souligne Werner Seitz, spécialiste du suffrage féminin en Suisse, dans un entretien à l'AFP. De fait, c'est ce système de démocratie direct qui a ralenti les choses. Pour graver le droit de vote des femmes dans la Constitution, il fallait le "oui" d'une majorité d'hommes et une majorité des cantons.
"Un manque de volonté politique éclatante"
Mais les experts sont aussi d'accord pour dire que le Conseil fédéral - le gouvernement - aurait pu faire plus en proposant une loi ou en avançant une nouvelle interprétation de la Constitution.
"On constate qu'il y avait un manque de volonté politique éclatante", note Brigitte Studer, professeure d'histoire elle aussi à l'Université de Berne et auteure d'un nouvel ouvrage sur le suffrage féminin.
Au lieu d'encourager le mouvement, le gouvernement l'a freiné avec parmi les arguments avancés, le manque d'espace sur la place publique, où le vote se tenait encore à main levée. Et quand les femmes ont finalement obtenu le droit de voter, la Suisse avait sans surprise accumulé les retards en matière de droits des femmes par rapport à ses voisins européens. Ce n'est qu'en 1985 que les hommes ont perdu le pouvoir d'interdire à leur épouse de travailler ou d'ouvrir un compte en banque.
Des inégalités hommes-femmes qui persistent
Depuis 1971, les défenseurs des droits des femmes ont regagné du terrain: l'avortement a été légalisé en 2002, en 2005 le congé maternité payé a été porté à 14 semaines et l'année dernière ce sont les hommes qui ont obtenu deux semaines de congé paternité payé. Et les femmes ont emporté 42% des sièges du parlement fédéral en 2019. Le tableau est toutefois beaucoup moins rose dans les sphères dirigeantes des entreprises et l'écart de salaire reste de 20% en faveur des hommes. Les valeurs traditionnelles restent profondément ancrée dans une bonne partie du pays.
"Là où la Suisse a beaucoup de retard, c'est dans l'introduction de lois et d'infrastructures qui permettent de concilier vie professionnelle et vie familiale, d'avoir des enfants", explique Brigitte Studer.
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