Suisse : de la guerre des changes aux taux négatifs
- Frontalier France Suisse
- 27 janv. 2020
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Disposant de moins de marge de manoeuvre sur le marché des changes pour faire baisser le franc depuis l'avertissement des Etats-Unis, la Banque nationale suisse pourrait privilégier les baisses des taux. La Suisse n'est pas sortie pour autant totalement de la guerre des changes.

Source: Lesechos.fr
Il y a quelques jours, la Suisse a été placée sur la liste de surveillance du Trésor américain . Celle-ci épingle les pays soupçonnés de manipuler leur monnaie et de pratiquer des dévaluations compétitives au détriment des Etats-Unis.
Si sa banque centrale, la Banque nationale suisse (BNS) intervient trop pour vendre des francs, comme ce fut le cas entre 2015 et le printemps 2018, le pays pourrait être qualifié de manipulateur de sa monnaie . Face à cette menace aux possibles conséquences diplomatiques et économiques, la BNS pourrait se montrer moins interventionniste et tolérer davantage l'appréciation de sa devise, une monnaie refuge. Or elle est plutôt restée en retrait du marché depuis septembre.
Contre la déflation
Depuis le début de l'année, la devise helvète a gagné 1,2 % contre l'euro, qui s'établit à 1,0718 franc suisse, au plus haut depuis trois ans et demi, et a cédé 0,4 % par rapport au dollar. La BNS n'est pas intervenue pour contrer la hausse de sa monnaie par rapport à la monnaie européenne.
Ce n'est pas pour autant qu'elle est prête à renoncer aux interventions et sortir totalement de la guerre des changes, ont suggéré des membres de la banque centrale. Les interventions font partie intégrante de ses outils de politique monétaire. « Nous ne manipulons pas notre devise, mais nous devons intervenir pour orienter les conditions monétaires en Suisse. Nous ne cherchons jamais à affaiblir le franc pour obtenir un avantage par rapport aux autres pays, mais plutôt pour éviter qu'il ne devienne trop fort et crée un environnement déflationniste », a déclaré le président de la BNS Thomas Jordan sur Bloomberg TV. En revanche, la BNS n'envisage pas une mesure radicale comme l'instauration d'un niveau maximum du franc. En septembre 2011, elle avait décidé que l'euro ne pourrait pas chuter sous le niveau de 1,20 franc suisse .
Baisses des taux
Si les interventions pour affaiblir le franc sont désormais plus délicates diplomatiquement, la BNS pourrait privilégier une autre arme, les baisses des taux d'intérêt pour lutter contre la déflation et soutenir l'activité. « Si la devise helvète s'apprécie et que l'euro passe sous la barre de 1,06 franc suisse, la BNS devrait toutefois intervenir pour vendre des francs. Elle pourrait aussi baisser les taux de 25 points de base », estime Robin Winkler, stratège à la Deutsche Bank.
« A l'exception de l'industrie financière, l'opposition aux taux d'intérêt négatifs est moins prononcée en Suisse que dans la zone euro. La BNS fait moins référence que d'autres banques centrales (BCE, Banque de Suède, Banque du Japon) aux effets problématiques des taux négatifs. Elle n'hésiterait pas à baisser les taux en cas de hausse prononcée du franc », juge le stratège. La baisse des taux ferait aussi reculer le franc suisse. Mais ce repli serait diplomatiquement bien plus acceptable que celui provoqué par une intervention sur le marché des changes.
Source: Lesechos.fr
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